On n’est pas obligé d’y croire. Il ne s’agit que d’une projection fondée sur des signaux déjà observables plutôt que d’une fiction. Mais tout laisse penser que le football algérien s’apprête à entrer dans une nouvelle phase de son histoire.
Le Mondial n’a pas seulement laissé des traces sportives. Il a surtout bouleversé l’équilibre d’un projet qui semblait se structurer au sein de la Fédération algérienne de football (FAF). Derrière le changement de sélectionneur, c’est une orientation plus profonde qui se retrouve aujourd’hui remise en question : celle de
la montée en puissance des compétences issues de la diaspora, tant dans l’encadrement technique avec une possible continuité dans les structures fédérales.
Avant même la Coupe du monde, plusieurs décisions traduisaient cette évolution. La nomination de techniciens binationaux à la Direction technique nationale et dans les sélections de jeunes témoignait de la volonté de s’appuyer sur des profils formés dans des environnements européens, tandis que plusieurs techniciens locaux perdaient progressivement du terrain, sans pour autant avoir démérité. En parallèle, une réorganisation plus large de l’appareil fédéral était évoquée afin d’accompagner cette nouvelle orientation.
Le Mondial aura, dans tous les cas, agi comme un révélateur. Il remet au premier plan un débat ancien sur le modèle de développement du football algérien et sur les orientations prises ces dernières années. Les choix techniques, institutionnels et politiques se retrouvent désormais soumis à une remise en question plus large. Plus qu’un simple échec sportif, cette Coupe du monde pourrait ainsi marquer le début d’un nouveau cycle.
La contre-performance au Mondial a changé la donne. Le limogeage du sélectionneur répond à l’urgence sportive, mais il fragilise aussi une stratégie qui semblait favoriser les profils issus de la diaspora. Le débat dépasse désormais les personnes : il porte sur le modèle de gouvernance du football algérien
et sur une présence majoritaire des compétences locales sur toute autre expertise venue de l’étranger.
Cette situation remet également en lumière la qualité de la formation des entraîneurs algériens. Beaucoup sont issus des instituts de sport et des filières universitaires spécialisées, certains ayant atteint les plus hauts niveaux académiques dans les sciences du sport. L’Algérie a d’ailleurs formé de nombreux techniciens africains grâce à ses programmes et à ses bourses, preuve que son système de formation bénéficie d’une reconnaissance au-delà de ses frontières.
Le rôle grandissant des anciens internationaux binationaux dans les médias contribue aussi à alimenter
et soutenir le débat autour d’un renouvellement des élites techniques. Leur présence participe à façonner l’opinion. Mais le football reste gouverné par une seule réalité : les résultats. Et le Mondial a brutalement rappelé cette évidence.
Au-delà des choix techniques, c’est désormais la gouvernance de la FAF qui se retrouve sous les projecteurs.
Les prochains mois diront si le football algérien se contente d’un simple réajustement ou s’engage dans une recomposition plus profonde de son fonctionnement souhaitée par l’opinion publique très active au niveau des réseaux sociaux.
– AHMED BESSOL LAHOUARI
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